Le plan stratégique de redressement d'Opel est attendu jeudi

Michael Lohscheller, PDG d’Opel, présentera son plan stratégique de redressement le 9 novembre à Rüsselsheim. Déficitaire depuis quinze ans, le constructeur auto allemand en crise se prépare à un traitement de choc.

Le plan stratégique de redressement d'Opel est attendu jeudi

C'est jeudi 9 novembre prochain à 9 heures 15 que Michael Lohscheller, PDG d'Opel, présentera son plan stratégique de redressement. Et ce, en présence de Carlos Tavares, président de PSA. La conférence aura lieu au centre de design d'Opel à Rüsselsheim, l'austère siège social de l'ex-filiale de General Motors près de Francfort. Il y a urgence. Après 88 ans, Opel a changé de propriétaire le 1er août. La firme allemande a quitté le giron de l'américain General Motors pour devenir propriété à 100% de PSA. Pour 1,32 milliard d'euros. Le groupe tricolore consolidera les résultats du constructeur de Rüsselsheim (et de la marque sœur britannique Vauxhall) dans ses comptes du deuxième semestre 2017. PSA et la banque BNP Paribas ont par ailleurs annoncé au 1er novembre leur acquisition conjointe des activités de financement automobile d'Opel, pour 900 millions d'euros.

Coûts 50% plus élevés qu'en France

C'est maintenant que les choses sérieuses, et les difficultés, commencent. PSA a réitéré à plusieurs reprises qu'il laisserait Opel se gérer lui-même. Mais le français a placé néanmoins des hommes à lui aux postes clé de son équipe de direction. Remi Girardon, ancien directeur de la stratégie industrielle du groupe PSA est devenu directeur industriel d'Opel. Philippe de Rovira, ex-directeur du contrôle de gestion de PSA, a pris la direction financière. Carlos Tavares a lui-même annoncé le 20 octobre dernier de possibles réductions de coût chez Opel, dans un entretien accordé à Die Welt. Il notait alors que les coûts de production étaient au moins 50% plus élevés que dans les usines françaises du groupe. "Mon impression est que beaucoup de problèmes sont dus au fait que les choses sont disproportionnées chez Opel, qu'on y consomme trop d'énergie, que les procédures ne sont pas assez efficaces", indiquait-il. "Nous devons devenir beaucoup plus efficaces, partout et dans toutes les fonctions".

PSA et Opel visent des synergies de 1,1 milliard d'euros par an à l'horizon 2019. A cet horizon, plus de 50% des véhicules d'Opel devraient être d'origine technique PSA. En vertu d'anciens accords, le petit "SUV" Opel Crossland X est déjà un clone technique du tout nouveau Citroën C3 Aircross. Cet automne, arrive l'Opel Grandland X, sur base de Peugeot 3008, produit comme lui à Sochaux. Et, prochainement, sera présentée une toute nouvelle génération d'utilitaires légers pour remplacer les Citroën Berlingo et Peugeot Partner. Une version sera produite pour Opel par l'usine espagnole PSA de Vigo. Objectif d'Opel: atteindre en 2020 une flux de trésorerie positif et une marge opérationnelle de 2%, ce qui restera faible…

Taux de pénétration en forte baisse

Opel est malade! Après avoir produit jusqu'au début des années 1990 des voitures sans beaucoup de personnalité mais solides, l'allemand a pâti de la stratégie chaotique de sa maison mère GM. Une brutale réduction des coûts a imposé des rabais draconiens aux fournisseurs. Résultat : la qualité s'est effondrée. La mondialisation erratique des véhicules imposée par l'actionnaire a par ailleurs désorganisé les équipes de développement. Carlos Tavares reconnaît en privé que la recherche-développement chez Opel est un "champ de ruines".  Enfin, le constructeur a manqué d'investissements. Les valses hésitations de GM sur la revente d'Opel en 2009 n'ont rien arrangé.

Opel pâtit de coûts de fabrication élevés, car il produit une bonne part de ses véhicules en Allemagne. Mais il ne peut pas les vendre au prix des Volkswagen, image médiocre oblige. Conséquence de ces errances stratégiques, le constructeur allemand (et Vauxhall) a une part de marché faible dans l'Union européenne de 6,4% (en septembre, hors utilitaires). Il y a vingt ans, il en détenait le double. Les immatriculations de la firme allemande ont d'ailleurs encore chuté en Europe - où se fait l'essentiel de ses ventes. Opel (et Vauxhall) n'a immatriculé dans l'Union européenne que 90.920 unités en septembre dernier, selon l'ACEA (Association des constructeurs européens d'automobiles),  contre plus de 101.000 un an auparavant. Les immatriculations de la marque ont été consolidées pour la première fois en août dans celles de PSA. En outre, les ventes d'Opel ne sont guère rentables. En France, Opel vend 44% de ses voitures à travers des canaux à marges faibles ou nulles (faux véhicules de démonstration, loueurs de courte durée). GM a du coup cumulé plus de 15 milliards de dollars de pertes en quinze ans dans ses activités européennes!

Vauxhall (marque britannique d'Opel) a déjà annoncé son intention de supprimer d'ici à la fin de l'année 400 emplois environ dans son usine d'Ellesmere Port. Soit le quart des effectifs de ce site situé près de Liverpool (ouest de l'Angleterre). Une étude du centre de recherche automobile de Duisbourg-Essen (CAR) assurait début octobre qu'Opel devrait supprimer… 6.000 emplois pour être compétitif face à PSA. Les salariés d'Opel s'attendent à ce que le plan de survie, présenté jeudi prochain, soit une pilule très amère à avaler.

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