Comment gouverne Bernard Spitz, le président lobbyiste des assureurs

Bernard Spitz, ex-conseiller d’Etat, incarne depuis dix ans la Fédération française de l’assurance (FFA). Sa méthode ? Entregent et communication.

Bernard Spitz, ex-conseiller d’Etat, incarne depuis dix ans la Fédération française de l’assurance (FFA). Sa méthode ? Entregent et communication.

Il était là, le 13 septembre, dans les Antilles françaises ravagées par Irma, au côté d'Emmanuel Macron. Il était le seul étranger invité par le patronat allemand des assurances, le 11 octobre à Bruxelles. Il sera avec Pierre Gattaz, président du Medef, en Allemagne, les 7 et 8 novembre. Bernard Spitz, 58 ans, président de la Fédération française de l'assurance (FFA), joue l'ubiquité. " Dès qu'il se passe quelque chose dans notre secteur, j'agis, explique-t-il. Mon rôle, c'est de représenter l'assurance, parfois de l'incarner. Dans le cas d'une tempête ou d'un événement, il est important de montrer que toute la profession est mobilisée. Cette visibilité est importante aussi pour l'interne, des salariés des grandes sociétés aux agents généraux. "

Et la méthode Spitz fonctionne. Il fêtera bientôt ses dix ans à la tête de l'organisation des assureurs. Oubliées, les attaques en illégitimité dont il faisait l'objet, en 2008. Comment cet énarque et conseiller d'Etat pouvait-il revendiquer une telle place, murmuraient des dirigeants d'Axa et de Generali, lui qui n'avait pas passé sa vie le nez dans les calculs actuariels ? Que venait faire dans l'univers de la finance cet ex-conseiller de Michel Rocard passé par la direction de Canal + ?

Un carnet d'adresses fort épais

En guise de réponse, il assume son profil de lobbyiste et d'homme d'influence. " Mon entrée en fonction s'est faite au coeur de la crise financière qui venait de frapper l'assureur américain AIG, se souvient-il. Dans les heures qui suivaient, j'étais à Bercy avec Christine Lagarde pour rassurer sur la solidité des assureurs français. " Membre du Siècle, de l'Institut Aspen, actif au sein de Terra Nova lors de sa fondation, et surtout membre des Gracques, l'influent think tank social libéral, Bernard Spitz joue du carnet d'adresses, qu'il a fort épais.

Nouvelle démonstration le 26 octobre, lors de la conférence qu’il organise chaque année : il y accueille Angel Gurría, secrétaire général de l’OCDE et l’Allemand Thomas Steffen, secrétaire d’Etat au ministère des Finances. Bernard Spitz sait parler le même langage que les politiques, leurs conseillers et les attachés du Trésor, tout en pointant vertement leurs travers technos. 

Ce mélange d’entregent et de franchise décoiffante lui a permis de contrecarrer les attaques récurrentes contre la fiscalité de l’assurance- vie. Sauf la dernière, venue de l’Elysée, et qui impose une flat tax de 30 % sur les contrats de plus de 150.000 euros. L’épisode souligne les limites de l’exercice pour Spitz : cheville ouvrière des Gracques, il a soutenu la candidature d’Emmanuel Macron. Pas évident ensuite de contester des points de son programme comme président de la FFA. « Les assureurs connaissaient parfaitement notre programme de flat tax : Emmanuel Macron l’avait exposé dès le printemps, tranche un responsable à Bercy. Jouer l’effarement lorsque le projet est présenté en septembre n’est pas loyal. »

Une communication qui fait des envieux

Bernard Spitz, pour sa part, se défend de tout double jeu : « Je défends des arguments auxquels je crois, en particulier quand ils servent l’intérêt général, martèle-t-il. Au sujet de la flat tax, nous avons veillé à préserver l’essentiel dans l’intérêt des assurés. Mais je souhaite que nous puissions renforcer l’incitation au long terme parce qu’elle est vertueuse pour l’économie. » Il estime avoir obtenu 95 % de ce qu’il souhaitait dans cette bataille. Un assureur, taquin, n’est pas convaincu : « Bernard a une grande capacité d’action et une capacité plus grande encore de storytelling de ses victoires. »

Cette communication parfois envahissante peut agacer. Elle fait aussi des envieux. Alors que les assureurs regardaient avec jalousie le dynamisme de la Fédération bancaire française (FBF) au début des années 2000, le schéma s’est inversé. « A côté de la FFA, la présidence tournante de la FBF mais aussi les faiblesses de sa stratégie et de sa communication sont un vrai problème », estime un connaisseur. Résumer Bernard Spitz à sa communication serait toutefois réducteur. Il s’est battu avec énergie contre Bruxelles sur le dossier ô combien technique des règles de solvabilité Solvency 2. Et surtout, il est parvenu à intégrer dans une structure unique, en 2016, la fédération des compagnies privées d’assurance qu’il présidait, avec les assureurs mutualistes du Gema (Macif, Matmut), pour donner naissance à la FFA. « On en parlait depuis un quart de siècle, maintenant, c’est fait, et tout le monde s’en félicite », résume-t-il. Naturellement, il a pris la tête du nouvel ensemble, jusqu’en 2019.

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